Edmond de Rothschild Asset Management dévoile ses perspectives d’investissement pour les mois à venir, autour des principaux thèmes suivants :
États-Unis : moins de visibilité, mais pas de récession en vue ; Marchés chers, bulle IA et déficits publics : un trio de risques à surveiller ; Europe : le véritable catalyseur pourrait venir du changement de cap allemand ; Une stratégie d’investissement prudente mais offensive, axée sur la diversification, la résilience et la souveraineté. Investir au milieu d’une bulleUn manque évident de repères outre-Atlantique
La visibilité sur l’économie américaine est aujourd’hui particulièrement réduite. Nous n’avions, par le passé, jamais observé un tassement des créations d’emplois sans ralentissement concomitant de la croissance, ce qui soulève de nombreuses interrogations. Le shutdown le plus long de l’histoire a, de surcroît, interrompu la publication d'indicateurs clés, tout en générant une série d’effets techniques ponctuels – d’abord négatifs, puis positifs – qui invitent à interpréter les prochaines statistiques avec davantage de prudence.
Par ailleurs, si les tarifs douaniers ont eu des effets récessifs nettement moins marqués qu’anticipé, leur diffusion dans l’économie a été plus lente que prévu. Il convient donc d’attendre encore avant de se prononcer de manière définitive. D’autant que la Cour constitutionnelle pourrait prochainement décider d’annuler ces tarifs.
En revanche, le relâchement budgétaire prévu pour l’an prochain demeure à l’ordre du jour, mais son ampleur reste incertaine : au-delà du Big & Beautiful Bill, M. Trump évoque la possibilité derestituer aux ménages une partie des recettes douanières au moyen d’un chèque de 2 000 dollars, ce qui représenterait entre 1 % du PIB (si la mesure est réservée aux ménages gagnant moins de 100 000 dollars par an) et 2 %.
Malgré ce brouillard, l’environnement américain n’apparaît pas plus inquiétant que d'habitude : ni les bilans des agents privés ni la dynamique des marges des entreprises ne signalent de risque de récession. Le principal danger réside plutôt dans un éventuel retournement des investissements massifs dans l’intelligence artificielle - investissements dont les effets sur la croissance sont estimés à environ 1 point de PIB - qui provoquerait sans doute un repli marqué des marchés actions, des effets richesse négatifs et une consommation plus faible.
L’IA et la bulle
Les analogies entre la flambée actuelle des valeurs liées à l’IA et la bulle internet ne manquent pas : rôle central du momentum, valorisations excessives, participation élevée des particuliers dans les flux boursiers, apparition de méga-deals circulaires entre OpenAI, Nvidia et Oracle, où le fournisseur prête à son client pour qu’il passe commande (ce qui n’est pas sans rappeler la fin des années 90 où Cisco, Lucent et Nortel avaient prêté à leurs clients telecoms, ce qui avait conduit à des infrastructures surdimensionnées). La principale question est donc la capacité des acteurs américains à monétiser leurs investissements, alors que la concurrence est rude entre hyperscalers américains et avec les acteurs chinois, d’autant plus que de nombreuses enquêtes auprès d’utilisateurs d’IA soulignent fréquemment l’absence de résultats tangibles de leurs investissements.
Par Benjamin Melman, Global Chief Investment Officer
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